Alors que la France s’approche d’un scrutin municipal, le secteur du BTP et des travaux publics vit un mouvement inhabituel : au lieu de l’accélération de commandes qui précède classiquement les élections locales, la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP) anticipe pour 2026 un recul de l’activité de 1,9 % en valeur et 3,2 % en volume. Un décrochage qui pèse directement sur les carnets de commandes des entreprises, des artisans et des topographes qui préparent, dessinent et réalisent ces chantiers.
Les collectivités locales, principal moteur du repli
Premier client historique du secteur, le bloc communal représente à lui seul près de 43 % du chiffre d’affaires des travaux publics. Or les investissements des collectivités locales devraient reculer d’environ 6 % en valeur en 2026, avec un recul plus marqué encore pour les communes, autour de 7 %. Les départements limitent la casse, à 3 % de baisse, portés par des droits de mutation immobilière en légère hausse.
Deux explications reviennent dans les analyses professionnelles :
- Un calendrier budgétaire national retardé, qui empêche les élus locaux d’arbitrer sereinement leurs investissements ;
- Une instabilité institutionnelle qui pousse les collectivités à différer les grandes décisions d’aménagement, en particulier à l’approche des municipales.
L’État aussi serre les cordons de la bourse
Du côté de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFIT-F), la FNTP parle d’une « année blanche » : aucune augmentation de budget n’est prévue par rapport à 2025, et une partie des crédits sera absorbée par l’achat de matériel roulant plutôt que par l’entretien des infrastructures existantes. Au total, les crédits infrastructures pourraient reculer de près de 8 %, fragilisant la visibilité des entreprises sur les grands projets routiers et ferroviaires.
Un secteur à deux vitesses
Tous les segments ne souffrent pas de la même façon. Les opérateurs de l’énergie, comme RTE ou Enedis, continuent d’investir massivement dans le renforcement des réseaux, tandis que le secteur privé amorce une timide reprise : +2,3 % attendus, portés par un rebond des permis de construire dans le résidentiel (+7 %). À l’inverse, les contrats liés aux infrastructures de transport perdraient environ 800 millions d’euros, freinant routes et voies ferrées.
Pour les constructeurs et promoteurs comme pour les artisans du bâtiment, ce contexte impose de rééquilibrer l’activité vers les marchés privés et le secteur de l’énergie, moins dépendants du calendrier électoral et budgétaire des collectivités.
Un fonds de soutien sous conditions
Pour amortir le choc, le fonds de réserve DILICO doublera de taille en 2026, passant de 1 à 2 milliards d’euros. Mais son remboursement, étalé sur cinq ans, est conditionné à la maîtrise des dépenses des collectivités bénéficiaires – fonctionnement comme investissement – ce qui limite d’autant leur marge de manœuvre pour lancer de nouveaux chantiers dans l’immédiat. Un paradoxe pour un secteur qui pèse directement sur l’activité économique et industrielle de nombreux territoires.
Questions fréquentes
Pourquoi les travaux publics reculent-ils en 2026, une année pré-électorale ?
Habituellement, les investissements locaux accélèrent avant les municipales. En 2026, c’est l’inverse : le retard du calendrier budgétaire national et l’instabilité institutionnelle poussent les élus à repousser leurs décisions d’investissement plutôt qu’à les anticiper.
Quelles collectivités sont les plus touchées par la baisse ?
Le bloc communal, qui représente près de 43 % du chiffre d’affaires du secteur, subit le recul le plus marqué avec environ -7 %. Les départements limitent la baisse à -3 %, aidés par une légère hausse des droits de mutation immobilière.
Tous les segments des travaux publics sont-ils touchés de la même façon ?
Non : les opérateurs de l’énergie comme RTE ou Enedis continuent d’investir, et le secteur privé amorce une reprise portée par le résidentiel. Ce sont surtout les grands projets routiers et ferroviaires financés par l’État et les collectivités qui reculent.
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