Longtemps considéré comme la dernière frontière que l’intelligence artificielle ne franchirait pas, l’humour généré par IA fait aujourd’hui l’objet de travaux de recherche sérieux. Plusieurs études publiées ces deux dernières années montrent que des modèles comme ChatGPT peuvent non seulement faire rire, mais aussi surpasser des auteurs humains sur certains exercices comiques précis — de quoi questionner l’avenir des portails et contenus humoristiques en ligne.
Une étude qui a surpris les chercheurs eux-mêmes
Publiée le 3 juillet 2024 dans la revue scientifique PLOS ONE, l’étude menée par le doctorant Drew Gorenz et le professeur Norbert Schwarz, de l’université de Californie du Sud (USC), a soumis des participants à trois exercices : inventer des phrases drôles à partir d’acronymes connus, compléter des phrases à trous de façon comique, et écrire des blagues satiriques sur des scénarios donnés. Résultat : environ 70 % des participants ont jugé les réponses de ChatGPT plus drôles que celles rédigées par des humains, contre un peu plus de 25 % qui ont préféré les versions humaines. Une seconde expérience a même montré que de fausses actualités satiriques générées par l’IA, dans le style du site américain The Onion, obtenaient un niveau de drôlerie jugé équivalent aux vrais articles du site.
2026 : l’IA monte sur scène
Un pas de plus a été franchi avec une étude soumise à la conférence CHI 2026, intitulée « Not Human, Funnier », publiée le 13 février 2026. Des chercheurs y ont fait tester à 32 spectateurs humains des numéros de stand-up joués par des agents conversationnels, dans un format diffusé en ligne. Leur conclusion est contre-intuitive : les agents qui assument ouvertement leur identité de machine sur scène sont perçus comme plus drôles que ceux programmés pour imiter un humoriste générique, sans revendiquer leur nature artificielle. Autrement dit, c’est en jouant sur le décalage d’être une IA — et non en cherchant à « passer pour humaine » — que la machine ferait le plus rire.
Ce que ça change pour les sites et créateurs d’humour
Pour les portails d’humour et de divertissement, ces résultats ouvrent un terrain nouveau : générer rapidement des formats courts (jeux de mots, titres satiriques, répliques), tout en questionnant la place de l’auteur humain dans la chaîne de création. Plusieurs rédactions explorent déjà des outils d’IA pour accélérer l’écriture de contenus légers, un mouvement qui rejoint la tendance plus large observée dans le secteur de la technologie grand public. Cette évolution n’efface pas pour autant l’essor bien réel de l’humour « physique » : les festivals d’humour en région continuent de faire salle comble, preuve que le public garde un attachement fort à la scène et à la présence humaine.
Des limites qui persistent
Les chercheurs restent prudents : les protocoles testés portent sur des formats courts et contrôlés (acronymes, phrases à trous, sketchs filmés), pas sur l’écriture d’un spectacle entier ou d’une ligne éditoriale satirique cohérente dans la durée. La formation à ces nouveaux outils progresse d’ailleurs en parallèle, à l’image des cursus consacrés à l’intelligence artificielle qui se multiplient en France. Et la consommation de contenus comiques continue elle aussi de se diversifier, entre scènes locales et plateformes de streaming comme le montre l’arrivée de nouveaux services gratuits dédiés au divertissement.
Questions fréquentes
ChatGPT est-il vraiment plus drôle qu’un humain ?
Sur des exercices précis et courts (acronymes, phrases à trous, blagues satiriques), une étude de l’USC publiée dans PLOS ONE a montré qu’environ 70 % des participants préféraient les réponses de l’IA. Cela ne concerne pas l’écriture d’un spectacle complet.
Pourquoi une IA qui dit « je suis une machine » ferait-elle plus rire ?
Selon l’étude présentée à CHI 2026, le fait d’assumer son identité artificielle sur scène crée un décalage comique que le public perçoit positivement, plus efficace qu’une imitation générique de l’humour humain.
Les humoristes humains sont-ils menacés par l’IA ?
Rien ne l’indique à ce stade : les études portent sur des formats courts et contrôlés, tandis que les scènes et festivals d’humour en présentiel continuent d’attirer du public partout en France.
Sources
- USC Today — Think you’re funny? ChatGPT might be funnier
- PLOS ONE — How funny is ChatGPT? A comparison of human- and AI-produced jokes
- « Not Human, Funnier » — étude soumise à CHI 2026
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